titre joué:
"Part IIa" (K.Jarrett)
K.Jarrett (piano)
<8.5/10>

"The Köln Concert" a été enregistré en 1975 lors
d'un concert légendaire donné à l'Opéra de Cologne, en Allemagne.
Keith Jarrett est revenu à de nombreuses reprises sur les
conditions d'enregistrement de ce concert pour lequel il était dans
un très mauvais état d'esprit, en manque de sommeil, et
particulièrement irrité contre la qualité du piano qui n'était pas
celui qu'il avait demandé. Les octaves extrêmes sonnant mal, il
n’était pas question comme de coutume d’expérimenter
sur toute l’étendue de l’instrument. Le concert faillit
être annulé. Finalement, il accepte quand même de jouer et délivre
4 pièces magistrales qui marqueront l'histoire du jazz et de la
musique en général.
Ce jeu improvisé quasi "intouchable" n'est en fait
que la résultante de ce qu'il expérimente depuis les années 60 et
qui, à l'époque, avait déjà alerté Miles Davis qui ne manquait
aucun de ses concerts. Cette improvisation musicale est pour Keith
un genre à part entière et un moyen d'expression fidèle et
spontané, aboutissement d'années de travail et d'écoute mis au
service d'une création de l'instant qui ne permet aucun refuge et
aucune négligence. Il suit ce qu'il appelle la «pensée du
tremblement». Une note engendre une deuxième note, un accord
appelle de nouvelles harmonies, le tout en évolution constante et
empli de ses intuitions sans failles. A cet égard, la première
partie est un modèle du genre. Dans tout cela, ce qui est peut-être
le plus remarquable, c’est l’impression laissée que,
bien qu’improvisé, il n’y aurait rien à ajouter ni à
retrancher du résultat. Les notes sont placées au bon moment, les
effets sont déclenchés à l’instant parfait, les idées
s'enchaînent avec un naturel incroyable. Tout coïncide et
fonctionne à merveille, comme une évidence. La seconde partie, plus
longue, est moins prodigue en effets et joue davantage sur la
création de climats, on y retrouve des émanations "bluesy", avant
un ample mouvement introspectif, qui peut évoquer la musique
répétitive chère à Terry Riley. Pour finir, le rappel reprend un
ton mélodique et sentimental appuyé. Jarrett le baptisera plus tard
du nom de "Memories of Tomorrow".
Au final, l'ensemble de cette oeuvre est
difficilement qualifiable, chacun y trouvant une part subjective de
la créativité de l'artiste, en y ressentant par moment des notes
pop, jazz, ou bien classiques. Très commenté depuis sa sortie, il
aura fait couler beaucoup d'encre et enthousiasmé de nombreux
auditeurs aux avis contrastés. Pour ma part, et malgré mes
nombreuses heures passées en sa présence, il m'arrive réguliérement
de ressentir le besoin de l'écouter encore. Je suis loin d'en avoir
fait le tour et j'y découvre régulièrement de nouvelles fragrances
dont je ne pourrais plus me séparer, en faisant un ami fidèle, et
un compagnon de vie dont l'ombre ne me quittera plus.
Comme d'habitude le lien qui vous permet d'écouter
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